Je fais de mon mieux

Nous vivons dans un monde chargé de paradoxes.
A l’heure où la prise de conscience des dégâts provoqués par notre mode de consommation sur le dérèglement climatique, je n’ai jamais autant entendu parler de quête du bien-être, de pleine conscience, de mieux s’alimenter, mieux respirer, mieux écouter.
Le mieux, c’est ce que chacun d’entre nous cherche à faire, à son niveau, pour exister.
Oui, cet accord toltèque précieux, « je fais de mon mieux », est porté, consciemment ou
inconsciemment, par chacun d’entre nous.
J’observe aussi que l’application de cette règle de vie peut avoir un effet pervers dès lors qu’on le ramène à son ego, à l’envie de paraître pour mieux se protéger.
Lorsque j’entends par exemple un journaliste interviewer un responsable politique, je suis de plus en plus interpellé par la forme de l’échange, bien plus que par le fond.
Il se passe en général deux choses.
D’abord il y a le journaliste, qui veut prendre la posture du représentant du peuple qui n’a pas peur de l’autorité et qui demande des comptes à celui qui exerce le pouvoir, quitte à outrepasser les règles élémentaires d’éducation et de respect entre deux êtres humains.
C’est une course folle à la provocation, on pose une question comme on envoie un uppercut, si l’adversaire esquive, l’attaquant enchaîne aussitôt un autre coup sans même connaitre le sens des choses, aveuglé par la seule stratégie de gagner par KO et ainsi triompher sur le ring de la désillusion.
Ensuite il y a l’interviewé, qui lui, ne trouve rien d’autre comme défense que d’invectiver la tierce personne absente représentant le camp politique adverse, toujours sur le jeu de la violence des mots et du jugement décomplexé.
Commence alors une autre course folle où l’un va chercher le premier prix de l’insolence
journalistique, et l’autre va trouver la palme de la critique destructrice sur la scène du palais des mirages.
Et pourtant, je suis intimement convaincu que chacun agit en faisant de son mieux, en voulant sincèrement aller dans le bon sens.
Et pourtant aussi, le journaliste est supposé porter la voix du peuple, tout comme le
responsable politique qui est supposé, lui, représenter le peuple.
Le constat est alors saisissant : ces quelques minutes d’échanges de coups, amenés comme un divertissement digne de la télé réalité, n’a d’autre conséquence que d’opposer le peuple… au peuple.
Et il en va de même à chaque fois que l’on considère un individu portant une forme
quelconque d’autorité.
Les parents, les professeurs des écoles, les maires mais aussi… les managers.
A croire que l’exercice du pouvoir d’un être humain sur un autre être humain génère
systématiquement de la peur, de la défiance, de la violence aussi.
Et pourtant aussi, on ne devient ni parent ni professeur ni maire ni manager avec la seule volonté de mal faire, de détruire, d’anéantir.
Mais l’environnement dans lequel le responsable évolue, peut souvent inconsciemment
l’amener à adopter une posture condamnable dans le seul but de se… protéger.

Conduire le changement, se questionner sur l’organisation de l’entreprise, communiquer efficacement avec les instances représentatives du personnel, redéfinir le projet, redéfinir les valeurs, autant de sujets passionnants mais aussi potentiellement anxiogènes.
La seule réaction consistant à se replier sur ses automatismes réconfortants, bien que
rarement pertinents, nous fait agir en fonction de son environnement et non en fonction de son besoin réel.
Car en effet, il existe un fossé entre réagir et répondre.
Réagir est de l’ordre du réflexe, comme l’esquive que l’on va porter face à l’uppercut du
journaliste de tout à l’heure.
En y réfléchissant un peu, en quoi l’esquive correspond-elle à ce que l’on souhaite réellement exprimer, du plus profond de son âme et de ses convictions ?
Le fait de répondre tient, quant à lui, de l’ordre du choix, en opposition au simple réflexe de la réaction. Je prends alors le recul nécessaire (de plus en plus facilement et rapidement avec un peu de pratique…) pour exprimer ce qui est bon pour moi, en alignement constant avec mes opinions et mes valeurs, en attachant en plus de l’importance à la non-violence de ma réponse afin de réduire à néant la tension éventuelle qu’il pourrait y avoir dans l’échange avec mon interlocuteur.

Mieux se connaitre soi-même pour mieux comprendre l’autre, optimiser son potentiel relationnel, en somme, à l’ère de la course folle à la compétitivité, au profit, aux rapports de forces, comment être bien dans sa peau sans vouloir celle des autres* et ainsi faire les bons choix, prendre les meilleures décisions ?

Pour ma part, ce qui me donne envie de me lever le matin, c’est d’accompagner mes Clients de façon structurée mais aussi structurante, et de leur faire émerger les Vraies Réponses, une fois débarrassés des croyances limitantes souvent génératrices de mauvais réflexes dans leur façon de communiquer.
Valoriser le Capital Humain au service de la Performance Durable de l’Entreprise, c’est la raison d’être du Sens de l’Humain.

*Jean-Louis FEL, auteur du lien « Bien dans sa peau sans vouloir celle des autres », aux Éditions DUNOD
Auteur : Jean-Marc GARNIER